rudesse


rudesse

rudesse [ rydɛs ] n. f.
XIIIe; de rude
Caractère de ce qui est rude.
1Vieilli Caractère primitif. barbarie. La rudesse de leurs mœurs. « Un objet dont la rudesse sauvage contraste avec le raffinement extrême des autres : une poterie commune » (Loti).
2Caractère d'une personne brusque et dure. dureté; brusquerie, brutalité, sévérité. Traiter, rabrouer qqn avec rudesse. rudoyer. Elle se montrait « prévenante, en faisant un visible effort pour corriger sa rudesse ordinaire » (Zola).
3Caractère de ce qui est rude au toucher, à l'oreille, au goût. La rudesse de la barbe, de la peau. rugosité. La rudesse de son accent. Rudesse d'une eau-de-vie. âpreté .
⊗ CONTR. Raffinement. Gentillesse. Douceur.

rudesse nom féminin (de rude) Littéraire. État, caractère de quelque chose de rude au toucher : La rudesse de la toile neuve. Caractère de ce qui est dur à supporter, pénible : La rudesse du climat. Littéraire. Caractère de ce qui est sans raffinement ni délicatesse : Rudesse de langage. Caractère de quelqu'un, de son comportement qui fait preuve de dureté, d'insensibilité : Mener son personnel avec rudesse.rudesse (synonymes) nom féminin (de rude) Littéraire. État, caractère de quelque chose de rude au toucher
Synonymes :
- rugosité
Contraires :
- suavité
- velouté
Caractère de ce qui est dur à supporter, pénible
Synonymes :
- âpreté
- cruauté
- dureté
- inclémence
Contraires :
- clémence
- tiédeur
Littéraire. Caractère de ce qui est sans raffinement ni délicatesse
Synonymes :
- grossièreté
- rusticité (littéraire)
Contraires :
- délicatesse
- préciosité
- subtilité
Caractère de quelqu'un, de son comportement qui fait preuve de...
Synonymes :
- brutalité
Contraires :
- amabilité
- aménité
- bonté

rudesse
n. f.
d1./d Caractère de ce qui est rude. Rudesse d'une matière.
d2./d Caractère d'une personne rude; brutalité, dureté. Il gêne ses proches par la rudesse de ses manières.

⇒RUDESSE, subst. fém.
I. — Surtout au sing.
A. — Caractère de ce qui est rude.
1. [Corresp. à rude I A] Synon. brutalité, dureté, rigueur, violence. Rudesse d'une attaque, d'un coup; rudesse de l'hiver, du climat. La rudesse même de son existence [d'une jeune fille] a communiqué à sa physionomie (...) une disgrâce contre quoi aucune fibre de mon cerveau ne saurait réagir (JAMMES, Corresp. [avec Gide], 1901, p. 180). La rudesse du climat continental (...) ne permet que des blés de printemps (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 69). Parmi les femmes, comme elle aux prises avec la société pour lui arracher les moyens d'exister, combien étaient broyées, bien moins encore par la rudesse des choses que par leur propre faiblesse et leur renoncement! (ROLLAND, Âme ench., t. 2, 1925, p. 232).
2. [Corresp. à rude I B]
a) [Corresp. à rude I B 1] Synon. rugosité; anton. douceur. Rudesse d'un tissu. La rudesse de l'éponge humide assaillait sa figure immédiatement frottée, raclée, essuyée (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 39).
b) [Corresp. à rude I B 2]
[Corresp. à rude I B 2 a] Le patron n'est pas de son temps. Il a tort de vouloir des eaux-de-vie pures, qui gardent si longtemps le défaut de la jeunesse, cette rudesse, qui oblige à les laisser dormir (CHARDONNE, Dest. sent., I, 1934, p. 213).
[Corresp. à rude I B 2 b] Synon. âpreté. Sa voix, par l'habitude de s'adresser à des chevaux et de crier gare, avait contracté de la rudesse (BALZAC, Début vie, 1842, p. 306). [Beethoven] en vient (...) à un état d'impatience brusque et joviale, non sans rudesses harmoniques (ROLLAND, Beethoven, t. 1, 1937, p. 126).
3. [En parlant d'une œuvre d'art] Manque d'élégance, de raffinement; aspect primitif, fruste et vigoureux. La Chanson de Roland d'abord, si grandiose dans sa rudesse, si héroïque de souffle, si impériale et nationale, si admirablement fraternelle dans l'union des deux amis (SAINTE-BEUVE, Prem. lundis, t. 3, 1864, p. 148). Ces derniers [les chapiteaux de Saint-Savin] se font remarquer par leur rudesse, dans la province où la sculpture d'ornementation est parvenue de bonne heure à l'élégance la plus raffinée (MÉRIMÉE, Ét. arts Moy. Âge, 1870, p. 72).
B. — Caractère, qualité d'une personne rude.
1. [Corresp. à rude II A] Synon. dureté, rigueur, sévérité. On a si peur de rencontrer l'affectation dans le plus beau don du ciel, dans la sensibilité, que l'on préfère quelquefois la rudesse elle-même comme garant de la franchise (STAËL, Allemagne, t. 3, 1810, p. 27). Sa bonté se dissimulait sous une mâle rudesse, qui la rendait peut-être plus efficace (MARTIN DU G., Thib., Mort père, 1929, p. 1361):
Lui aussi se piquait d'aimer Paris, de l'avoir habité, de n'en ignorer ni les politesses ni les raffinements; et, en effet, il affectait toute une correction d'homme bien élevé, cachant sous ce vernis sa rudesse native.
ZOLA, Débâcle, 1892, p. 545.
[Corresp. à rude II A p. méton.] Rudesse des mœurs; rudesse de l'âme. Il me semble qu'il y ait ici quelque rudesse dans les formes, et qu'en général on y voie des traits frappans ou une beauté pittoresque, plutôt qu'une beauté finie (SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 154). Une authentique physionomie de brigand, si la rudesse de ses traits n'eût été tempérée par l'aménité de commande et le sourire servile du spéculateur fréquemment en rapport avec le public (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p. 155).
2. [Corresp. à rude II B] Lorsqu'elle vit Coupeau hors de danger, Gervaise cessa de garder son lit avec autant de rudesse jalouse (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 484). Alban, qui aimait bien les enfants, ne se reconnaissait pas dans sa rudesse à se frayer un passage parmi leur meute hurlante (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 531). V. gourmander B 1 ex. de Maupassant et insensible A 2 ex. de Proust.
II. — Au plur.
A. — Ensemble de faits qui marquent la rudesse d'une chose. Ce jeune homme marchait d'un pas alourdi, mais ferme encore, et son allure semblait annoncer qu'il s'était familiarisé depuis long-temps avec les rudesses de la vie militaire (BALZAC, Réquisit., 1831, p. 148). Gervaise n'avait que vingt-deux ans. Elle était grande, un peu mince, avec des traits fins, déjà tirés par les rudesses de la vie (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 381).
En partic.
♦ Maladresses, ensemble de faits dénotant un manque d'élégance, de savoir faire. Il y a, par-ci par-là [dans le Discours sur l'Histoire universelle], des négligences ou des rudesses de narration (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 9, 1865, p. 286).
♦ Propos sévères, durs. Il entamait une harangue où les propos séducteurs se teintaient à peine de quelques rudesses prudemment feutrées (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 281).
B. — Actions, conduite marquant la rudesse d'une personne. Me laissant voir en elle deux femmes: la femme enchaînée qui m'avait séduit malgré ses rudesses, et la femme libre dont la douceur devait éterniser mon amour (BALZAC, Lys, 1836, p. 214).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1. 1271 « dureté » (RUTEBEUF, Ste Elysabel, éd. E. Faral, J. Bastin, t. 2, p. 165); ca 1355 « qualité de ce qui est brut, non dégrossi » (BERSUIRE, f ° 7 ds LITTRÉ); 2. 1372-74 « ignorance » (ORESME, Politiques, éd. A. D. Menut, 57b); 3. 1538 « qualité de ce qui est désagréable à voir, entendre, lire » (EST.); 4. 1567 « qualité de ce qui est pénible à supporter (du temps) » (AMYOT, Philop., 30 ds LITTRÉ); 5. 1580 « état de ce qui est rude au toucher » (B. PALISSY, Disc. admir., 344). Dér. de rude; suff. -esse1. Fréq. abs. littér.:422. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 622, b) 658; XXe s.: a) 763, b) 450.

rudesse [ʀydɛs] n. f.
ÉTYM. XIIIe; de rude.
1 Vieilli. Caractère de ce qui est rude (1.). Barbarie. || La rudesse des mœurs (→ Apprivoiser, cit. 4; barbare, cit. 13). || Cette rudesse se polira (cit. 7) vite dans le monde. || La rudesse de leurs manières (→ Attitude, cit. 14). || La rudesse de ses traits. Rude (1., rem.).
1 Quand je considère le peu de bruit qu'elle (la comédie de Mélite) fit à son arrivée à Paris, venant d'un homme qui ne pouvait sentir que la rudesse de son pays (…)
Corneille, Mélite, À M. de Liancour.
2 Tout en lui avait un caractère de rudesse : son front semblait être un quartier de pierre, ses cheveux rares et gris retombaient faibles comme si déjà la vie manquait à sa tête fatiguée; ses bras, couverts de poils aussi bien que sa poitrine, dont une partie se voyait par l'ouverture de sa chemise grossière, annonçaient une force extraordinaire.
Balzac, le Médecin de campagne, Pl., t. VIII, p. 390.
3 (…) un objet dont la rudesse sauvage contraste avec le raffinement extrême des autres : une poterie commune, avec des cailloux dedans, une sorte de jarre dont l'orifice large emboîte sa poitrine nue et bombée.
Loti, L'Inde (sans les Anglais), III, V.
2 Littér. ou style soutenu. Caractère de ce qui est rude (2.) à supporter; d'une personne qui agit rudement. Dureté. || La rudesse d'un coup, d'une attaque. Brutalité. || Traiter avec rudesse. Malmener, rudoyer. || La rudesse de l'hiver. Rigueur. || La rudesse du destin. Cruauté (→ fléchir, cit. 4).|| « J'ai poussé (cit. 30) la vertu jusques à la rudesse » (Racine).La rudesse de qqn, de son caractère. Angle, âpreté, austérité, brusquerie (→ Humeur, cit. 52; impassibilité, cit. 4; prévenant, cit.). || La rudesse masculine (cit. 2).
4 Autant que de Joad l'inflexible rudesse
De leur superbe oreille offensait la mollesse (…)
Racine, Athalie, III, 3.
5 À Berlin, les hommes ne causent guère qu'entre eux; l'état militaire leur donne une certaine rudesse qui leur inspire le besoin de ne pas se gêner pour les femmes.
Mme de Staël, De l'Allemagne, I, XVII.
(Déb. XIVe). Littér. (Une, des rudesses). Acte, conduite qui marque de la rudesse.
5.1 Daniel, lui, ne m'en avait pas voulu. Mes rudesses étaient de celles qu'on inflige à un noyé trop remuant, afin de le sauver. Après, on s'était bien entendu. Nous avions le même âge.
Geneviève Dormann, le Chemin des dames, p. 63.
3 (1690). Caractère de ce qui est rude au toucher, aux sens (opposé à douceur). || « La rudesse de la barbe, de la peau, de la toile neuve » (Académie; vx). Par métaphore. Âpreté (cit. 5; → aussi huile, cit. 28). || La rudesse de son accent, de sa voix (→ Râpeux, cit. 2).
6 Il a tort de vouloir des eaux-de-vie pures, qui gardent si longtemps le défaut de la jeunesse, cette rudesse, qui oblige à les laisser dormir.
J. Chardonne, les Destinées sentimentales, p. 119.
CONTR. Éducation; amabilité, attention, complaisance, douceur, entregent, facilité, gentillesse, onction; mollesse.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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